INTERVIEW I Léo LOPEZ (Tiga) : "Un tout autre contexte cette année"

Ce mercredi 5 aout, le champion de Calédonie, Tiga Sport s’envole pour Fidji, afin de participer à sa 3ème Ligue des Champions océaniennes en quatre ans. Léonardo Lopez, l’emblématique coach de Tiga Sport, a accepté de revenir pour FOOTNC sur cette nouvelle campagne continentale qui sera très différente des précédentes.

 

Léonardo, après une première participation en 2023 qui avait été surtout de la découverte pour vous, puis une deuxième l’an dernier où vous aviez atteint les demi finales, quel est le contexte de cette 3ème participation à la Ligue des Champions océaniennes ?
Effectivement, après nos deux premières participations, en 2023 au Vanuatu, puis en en 2025 aux Salomon, nous voilà engagés dans une troisième édition en quatre ans. Le contexte de cette troisième participation est très différent des deux premières. La Ligue des Champions océaniennes de football, à laquelle nous allons participer à partir de dimanche prochain, est censée regrouper les équipes océaniennes championnes sur leur Territoire. Ce sont des équipes qui ont le statut “amateur”. Or, à partir de cette année, de nombreux joueurs “professionnels” vont y participer. La raison ? Depuis janvier 2026, un championnat de football professionnel océanien, l’OFC Pro League, a été créé. Ce dernier ne dure que 6 mois, de janvier à juin. Pour ne pas perdre trop le rythme, les joueurs professionnels de ce championnat, ont été autorisés à participer à la Ligue des Champions OFC. Nous allons donc passer d’une compétition où seuls des joueurs “amateurs” s’affrontaient, à un tournoi où près de la moitié des joueurs ont désormais le statut professionnel. Les joueurs professionnels ne font “que du football”. Ils sont bien encadrés au niveau diététique et athlétique. Si nous allons à Fidji, avec de l’ambition, nous devrons donc surtout faire preuve d’humilité. Du fait de ce changement notable de visage de la compétition, nous endosserons donc plus le costume d’”outsider” ou de “petit poucet”, que celui de favori.

 

8 joueurs de Tahiti United ont incorporé l'AS Vénus, premier adversaire de Tiga (crédit : OFC Média via Phototek)

 

Quels sont les objectifs que vous vous fixez néanmoins avec votre équipe ?
Comme dit précédemment, le niveau de la compétition va monter d’un cran cette année. En plus de cela, comme en 2025, nous sommes un peu tombés dans la “poule de la mort”, avec les néo-zélandais d’Auckland City, quadruple vainqueur en titre de la compétition et les tahitiens de l’AS Venus, qui ont été renforcés par 8 joueurs de l’équipe professionnel locale, Tahiti United, dont Germain Haewegene, l’international calédonien. La dernière équipe de notre poule est le champion des Iles Salomon, Central Coast, qui lui aussi a été renforcé par de nombreux joueurs évoluant en OFC Pro League, dans l’équipe salomonaise des Salomon Kings. Nous avons donc une poule très difficile. Après, c’était également le cas l’an dernier, où nous nous étions déjà retrouvés avec Auckland City dans la poule, mais aussi l’AS Pirae (Tahiti) et Rewa FC (Fidji). Nous avions réussi à tirer notre épingle du jeu en 2025, en terminant 2ème de notre poule et en accédant à la demi-finale, malheureusement perdue face à Hekari United (PNG). Notre objectif cette année, même si ça va être beaucoup plus complexe, est donc de faire aussi bien que l’an dernier, voire mieux. Ensuite, nous nous fixons également un deuxième objectif, celui de donner l’occasion à nos joueurs d’être repérés par des équipes de l’OFC Pro League. La Calédonie ne dispose pas encore d’une équipe dans ce championnat professionnel océanien et la Ligue des Champions OFC à laquelle nous allons participer peut être une excellente “vitrine” pour nos joueurs, afin d’être recrutés. Nous allons donc essayer de les mettre en évidence pour qu’ils puissent comme ça avait été le cas pour Germain Haewegene et le club de Tahiti United, être repérés et ainsi participer à la prochaine saison de l’OFC Pro League.

 

Tiga contre Hekari en demi-finale en 2025 (crédit : OFC Média via Phototek

 

On a vu dernièrement que vous avez plusieurs joueurs qui vous avez rejoint en vue de cette compétition, comme le capitaine, Shene Welepane, revenu de Métropole. C’est un bon signe pour avoir une dynamique positive, non ?
Effectivement, nous avons eu le retour de notre “capitaine emblématique”, Shene Welepane depuis deux matchs. C’est un plus au niveau psychologique, mais aussi technique et athlétique au vu de son abattage sur le terrain. Après malheureusement, deux des joueurs revenus chez nous dernièrement, Wadria Hanye et Jérémy Jeno, ne pourront pas être présents avec nous à cette O’League. Ce sera également le cas de 9 autres joueurs, dont Mickael Partodikromo, Joseph Tchacko, Patrick Ouka et Pierre Tahmumu. De manière plus générale, si l’adversité sera accrue lors de cette édition, de notre côté notre effectif s’est rajeuni. L’an dernier, nous avions été à la O’League avec 8 internationaux calédoniens, qui étaient rompus à ce niveau de compétition. Nous avons eu plusieurs départs en deux ans, dont les internationaux Gérard Waïa et Saké Forest, ce qui fait que le groupe est aujourd’hui rajeuni et moins expérimenté. Malgré tout, on va essayer d’être une équipe “pénible à manœuvrer”, “bien organisée”, en étant très costaud défensivement et capable de se projeter rapidement en contre dès la récupération du ballon”. On y va avec de l’humilité, mais également de l’ambition. On a une philosophie de jeu depuis 4 ans et demi maintenant, on va donc essayer de l’appliquer. On a envie de représenter fièrement la Calédonie et la “petite île” de Tiga.

 

Le retour de Shene Welepane est un espoir pour Tiga (crédit : OFC Média via Phototek)

 

On parle beaucoup des difficultés des finances du football calédonien. Comment se compose le budget pour une telle compétition ?
L’OFC nous aide financièrement à participer à cette compétition, mais elle ne finance que les billets d’avions, soit 21 billets maximum joueurs et staff compris. On part donc avec 19 joueurs et 2 entraineurs ce mercredi 5 aout. Nous espérons que 3 autres joueurs et un dirigeant pourront ensuite nous rejoindre, en fin de semaine, si nos finances le permettent. Un kiné (Lages) devrait aussi nous rejoindre pour essayer de gérer au mieux la récupération et la fatigue entre les matchs, ce qui va être essentiel avec des matchs d’une telle intensité. Le reste des dépenses (hôtel, restauration, tenues de compétitions) c’est au club de le financer. C’est un gros budget pour le club, et là il faut féliciter les dirigeants de Tiga Sport, et notamment son Président Dokunengo, qui chaque année arrivent à trouver des sponsors privés pour nous permettre de travailler dans les meilleures conditions possibles et ainsi d’avoir des résultats. Il ne faut pas oublier non plus les nombreux évènements (bingos, tombolas, ventes de sashimis et brochettes) qui sont organisées par les “mamans du club”, ce qui nous aide beaucoup en permettant de compléter le budget.

 

Tiga Sport est suivi par de nombreux supporters (crédit photo : Alain Vartane)

 

Enfin, comme Hienghène Sport l’avait vécu en 2019, l’habituel vainqueur de la Ligue des Champions océanienne participait jusqu’à présent à la Coupe du Monde des clubs l’année suivante. Cette année, cela aurait changé. Avez-vous plus d’informations ?
En effet, avec l’arrivée du premier championnat professionnel océanien, la place réservée à l’Océanie dans la Coupe du Monde des clubs est censée désormais revenir au vainqueur de ce championnat professionnel, et non plus au vainqueur de la Ligue des Champions de l’OFC comme ça avait toujours été le cas précédemment. Nous ne savons pas si c’est “officiel”, et s’il n’y aura pas deux clubs océaniens qui participeraient dorénavant à cette Coupe du Monde des Clubs, le vainqueur de l’OFC Pro League et le vainqueur de la Ligue des Champions océanienne. Si c’était le cas, il y aurait néanmoins un léger manque d’équité dans cette Ligue des Champions océanienne à laquelle nous allons participer. Les joueurs professionnels ont déjà l’opportunité de se qualifier pour la Coupe du Monde des clubs à travers l’OFC Pro League. La Ligue des Champions OFC est une opportunité pour les clubs “non professionnels”, qui n’ont pas les fonds nécessaires pour participer à l’OFC Pro League, de tout de même pouvoir atteindre la Coupe du Monde des clubs. Si aujourd’hui, les clubs les plus riches d’Océanie recrutent les joueurs professionnels de l’OFC Pro League juste pour cette compétition, dans ce cas-là, la Ligue des Champions OFC a beaucoup moins de sens. Nous allons attendre d’en savoir un plus. A noter qu’il avait été évoqué une autre solution, que le vainqueur de la Ligue des Champions OFC soit reversé dans une compétition en Asie. Mais là aussi, pour le moment, nous n’en savons pas plus.

 

Tiga débute lundi contre AS Vénus (crédit visuel : OFC)
Léonardo Lopez, coach de Tiga Sport (crédit : OFC Média via Phototek)
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