ENTRETIEN I Le Média FOOTNC a 5 ans, déjà !
A l’occasion de son 5ème anniversaire, le Média FOOTNC, site devenu incontournable dans le paysage du football calédonien, vous propose une interview de son fondateur, Bastien Antoine. Entre un retour sur les origines de ce site et un survol de l’actualité du football calédonien, ce dernier n’a éludé aucun sujet !
Bonjour, Bastien Antoine, tout d’abord, pourquoi avoir créé un tel site il y a 5 ans ?
Et bien tout simplement, parce qu’à l’époque il me semblait que le football calédonien en avait besoin. En fait, il y a 5 ans, je m’étais investi au près du club de l’ASC Gaica, en tant qu’entraineur adjoint. A l’époque, le club évoluait en PH Sud. A mon grand étonnement au bout de quelques journées de championnat, on m’avait expliqué qu’on aurait accès à aucun résultat et classement tout au long de l’année, et que ce n’est qu’en fin de saison qu’on nous “dévoilerait” notre classement. N’ayant jamais connu ça auparavant, et ayant une façon d’entrainer qui pousse les jeunes joueurs à s’investir, j’ai donc décidé de prendre le “taureau par les cornes”. Je ne voyais pas comment on pouvait demander de l’investissement aux jeunes si ces derniers ne savaient pas au quotidien pour quoi ils se “battaient”. Avoir un classement mis à jour chaque semaine pousse les jeunes à se passionner et à avoir envie de s’investir. C’est alors tout de suite beaucoup plus facile pour un entraineur, qui n’a plus besoin de “tirer” ses joueurs, mais qui est alors poussé par ces derniers. Ca devient “leur” projet.
Est-ce que cela a été facile de créer un tel site ?
Non bien évidemment, ce n’est pas facile, surtout que ce n’est pas mon métier de base. Je suis médecin généraliste pour ma part. Après, je n’ai rien inventé dans le sens où, en Métropole, chaque région a la chance d’avoir un site comme celui-ci, qui traite l’actualité du football régional. Toulouse à Footpy, Bordeaux à Foot-Gironde,.. Je me suis donc tout simplement inspiré de ce qui existait déjà ailleurs. Le site comprend une partie “utile”, les résultats et classement de chaque compétition, et une seconde partie, plus “journalistique”, où on fait des reportages photos, des interviews, des résumés de match. Ce deuxième versant est aussi très important, car il suscite de l’engouement chez les jeunes, qui se passionnent ainsi d’autant plus facilement pour leur sport.
On sent chez vous un profond intérêt pour la jeunesse calédonienne ?
Effectivement, ça a toujours été notre premier souci, avec le Média FOOTNC. C’est probablement un prolongement de ma profession de médecin pour ma part. Je pense personnellement que la jeunesse calédonienne est à un croisement de son histoire actuellement, avec l’ouverture inévitable sur la société occidentale. La jeunesse calédonienne grandit de moins en moins entourée, plus dans les quartiers de Nouméa qu’en tribu, avec parfois des familles monoparentales. Dans ces conditions, le fait de faire un sport et d’avoir un entraineur, qui à ce niveau-là est plus un “éducateur”, est une deuxième chance. On résume donc souvent notre investissement par : ”un jeune à l’entrainement, c’est un jeune en moins dans la rue.” C’est ce qui nous tient motivé depuis 5 ans.
En 5 ans, comment s’est faite l’évolution du site FOOTNC ?
Rien ne s’est fait tout seul. Initialement, il a fallu se faire connaître, même si on a très vite été très bien accueilli par les entraineurs et dirigeants des clubs, puisque l’absence de classements mis à jour régulièrement était un véritablement manque pour leurs équipes. La première année, on s’est contenté de donner les résultats des compétitions qui se jouaient sur la Province Sud. Très rapidement, la saison suivante, les clubs des autres provinces, nous ont demandé d’étendre notre travail à leurs compétitions. Aujourd’hui, ce sont toutes les compétitions de football calédonien, futsal, football féminin, du Sud, du Nord et des Iles Loyautés, qui ont accès à leurs résultats chaque semaine. Combiné à tout le travail journalistique que l’on fait au quotidien (3 articles en moyenne par jour), FOOTNC est ainsi devenu incontournable dans le paysage du football calédonien, qui reste le premier sport suivi et joué en Calédonie. A noter que cette évolution aurait pu être encore plus rapide, mais quelle a été freinée par deux grosses crises sociales, celle du COVID et celle des émeutes de 2024, qui ont chacune mis à l’arrêt total le football calédonien durant une année.
Comment jugez-vous l’évolution du football calédonien ces dernières années ?
Il y aurait beaucoup à dire. On pourrait en parler pendant des heures. Mon impression, globalement, c’est qu’on veut aller “trop vite”. Attirés par les “étoiles” de l’élite, on veut tout de suite performer et faire parler de nous. En somme, je regrette qu’on privilégie “l’élite” du football calédonien au “football de base”, ce qui me parait en plus contre-productif à moyen et long terme. Les compétitions océaniennes, voir internationales, avec les Coupes du Monde de jeune auxquelles depuis récemment les jeunes calédoniens participent, font rêver. Les politiques du football local ont donc franchement favorisé “l’élite” ces dernières saisons, au détriment du football de base. Néanmoins, si la Calédonie est fière de voir régulièrement participer des équipes de jeunes à différentes Coupe du Monde, le nombre de licenciés dans le football calédonien a lui chuté de près de 10.000 licenciés jusqu’à 3.500 l’an dernier. Bien évidemment les crises du COVID et de mai 2024 n’ont pas non plus aidé. Personnellement, depuis le tout début de notre site, nous avons toujours prôné de travailler sur la “base” de la pyramide du football calédonien. Car on pense que c’est déjà le rôle “social” du football calédonien, et qu’en plus, en termes de performance, plus cette base sera large, plus la pyramide du football calédonien aura la chance de monter haut. Dernièrement, une nouvelle équipe vient d’être élue à la tête de la Fédération Calédonienne de Football. On attend donc qu’ils fassent ce qu’ils avaient annoncés avant d’être élus, même s’ils ont déjà expliqué qu’avec les soucis économiques que traverse le football calédonien actuellement, il serait compliqué d’effectuer de grand changement d’ici 2027, voire 2028.
Avec FOOTNC, vous avez aussi lancé un nouveau sport sur le Territoire, le “foot-volley” ?
Effectivement, ça fait également partie de notre investissement pour la jeunesse calédonienne. Le foot-volley est le premier sport joué sur les plages brésiliennes. C’est comme le beach-volley, mais avec les pieds, la poitrine, la tête.. C’est un sport facilement accessible, nous avons donc pensé qu’il pourrait être intéressant de le faire découvrir aux jeunes calédoniens. Ca peut les occuper sainement, et à terme de jouer tous les jours un peu au football, ça ne peut que les faire progresser. Nous avons sur les deux dernières années organisés 5 tournois : 3 sur Nouméa, un sur Poindimié et un sur Lifou. La prochaine édition aura lieu en décembre prochain sur la plage de l’Anse Vata, au cours de la “Journée FOOTNC spéciale Brésil”, journée où d’autres activités originaires du Brésil seront également proposées : capoeira, orchestre de musique brésilienne, danse..
Pour finir, quel est le “futur” de FOOTNC ?
Depuis quelques mois, nous sommes devenus une vraie pièce du paysage du football calédonien, voire du sport calédonien même. Nous sommes partenaire de La Voix du Caillou, nous intervenons régulièrement sur la radio RRB, et plus de 22.000 calédoniens nous suivent sur les réseaux. Nous allons désormais surtout nous attacher à “pérenniser” le site FOOTNC et ses bien faits. Pour le pérenniser, il faut réussir à le monétiser, avec à terme la volonté de créer un emploi, en salariant un jeune calédonien. Si aujourd’hui, on imagine le football calédonien sans le Média FOOTNC, ça serait un très gros retour en arrière, surtout pour les footballs provinciaux.


